Témoignage d’un moine de Cîteaux

 

 

Dans mon enfance, j’ai reçu une éducation chrétienne normale, dans une famille de tradition catholique en milieu rural. Elle m’a sans doute marqué, sans pourtant faire de moi un chrétien engagé, ni pratiquant assidu au début de ma vie d’adulte.

Une jeunesse marquée par le phénomène des années 60 entraîne une longue période instable provocante, peu constructive malgré un passage chez les scouts.

Dès l’age de 14 ans je reçus une formation de cuisinier. J’ai aimé ce métier et je l’ai exercé pendant 25 ans en province et à Paris. J’ai connu toutes les facettes de cette profession. A 24 ans je m’engage dans le mariage sans trop réfléchir à l’importance de cet engagement. Fragile dès le départ, notre union conjugale ne dure que 6 ans et entraînera un divorce quelques années plus tard. Les 10 ans qui suivent sont partagés par une vie active, professionnelle et sportive très prenante pendant lesquels j’ai une vie affective très dispersée, n’accordant peu de temps à une vie plus intérieure. Cependant, ces épisodes de mon histoire seront humainement très riche : en 1989 je découvre l’abbaye de Cîteaux au hasard d’une promenade en vélo, je suis alors propriétaire avec mon frère Jean Claude d’un petit restaurant à quelques kilomètres de l‘abbaye. Notre affaire marche bien, trop bien. À 35 ans, professionnellement et financièrement tout va pour le mieux. Cependant, cette vie prenante et nerveusement très éprouvante m’apparaît de plus en plus insatisfaisante. Voyant les limites de toutes choses, d’un tempérament insatisfait, j’aspire à une vie plus intérieure et plus authentique. En accord avec mon frère nous vendons notre commerce. Mon frère retrouve avec son métier antérieur une vie familiale plus normale, moi j’entre à Cîteaux.

Confiance éprouvée

Cette décision radicale d’entrer au monastère a provoqué des remous affectifs importants dans ma famille. Un de mes neveux a dit un jour lors d’une rencontre fortuite avec la famille d’un frère de Cîteaux : « les moines m’ont pris mon oncle ».
Par ailleurs, un divorce est un séisme dans une vie affective, même si c’est à l’amiable, il n’y a pas de divorce bon. Les désaccords qui le provoquent peuvent laisser des blessures profondes, affecter la confiance en soi et aux autres.
D’autant que dans ma famille il y a eu un précédent. En effet, pendant notre adolescence, mon frère, ma soeur et moi avions vécu cette situation de brisure avec le divorce de nos parents.

Unique alliance

Je ne peux pas faire l’impasse de mon passé et de ces 6 années de vie conjugale. Dans l’Église, le divorce n’existe pas. La « dispense » demandée au Saint Siège accordée et acceptée par l’un et l’autre il y a 18 ans, m’a autorisé à devenir moine et à m’engager le jour de ma profession solennelle par des vœux monastiques à chercher Dieu sans partage. Je crois que ce jour là, Dieu m’a remis au doigt l’anneau de l’alliance.

Le renoncement à la vie conjugale m’a poussé à chercher le sens réel du mariage et d’en comprendre l’indissolubilité. C’est grâce au contact quotidien de la « Parole de Dieu » que peu à peu j’en ai compris le sens profond. Que ce soit dans le mariage ou dans la vie monastique, dans les deux cas, il y a une relation unique avec le Christ : les baptisés qui se présentent à l’église pour se marier entrent dans le sacrement de la « nouvelle alliance » qui s’achève dans les noces de l’Agneau (Ap. 19,7-9). Le mariage exprime l’union du Christ et de l’Église, et la vie monastique, qui nous fait fils de la résurrection avec le Christ, anticipe le royaume. Christ est le centre de toute la vie chrétienne. Le lien avec lui prend la première place devant tous les autres liens familiaux. Les deux, sacrement du mariage et vie consacrée pour le royaume de Dieu viennent du Seigneur Lui-même, c’est lui qui en donne le sens.

Cette perspective, Christ au centre de ma vie me permet de rester fidèle au « oui » sacramentel de mon mariage. De même, le vœu de conversion de vie intègre la promesse d’une vie chaste. Le mot doit s’entendre aussi dans une virginité « recouvrée ». Ce qui est consacré par le vœu de conversion de vie, c’est le présent et l’avenir, non le passé. Ma vie monastique qui me lie au Christ aujourd’hui est ma façon intime de rester fidèle à ma première union, puisque dans le Christ il n’y en a pas deux. Les vœux monastiques me lient à Lui pour toujours.

Conclusion

Ce que je souhaite, c’est que mon témoignage ne fasse pas illusion, j’ai essayé de vous partager mon expérience qui n’a rien d’extraordinaire et qui n’est pas réservée à quelques uns ; des moines par exemple ! non ! mais qu’une « nouveauté » est toujours possible et que la MISERICORDE de Dieu est toujours là pour tout le monde. On n’est pas enfermé ou bloqué dans une histoire, les profondes peuvent être guéries en écoutant le Christ véritable médecin et en suivant la bonne ordonnance de l’Évangile.